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Et un officiant à quoi ça sert ?

Réflexion

 
Je vous propose de compléter votre article sur le thème "Grand Rabbin à quoi ça sert" (cliquez pour consulter l'article de Cécile Kalfa) par un article qui dirait plutôt "Et un officiant à quoi ça sert ?"
 
Pas de grand mot dans mon propos. Je pars d'un souvenir pour le rapporter à des événements récents.
 
Enfant dans les années 60, je me souviens de la traversée d'un village dans la Sarthe. Là, mon père, fatigué de la longue route qui nous conduisait sur les plages de l'Atlantique pour les vacances, décide de s'arrêter pour boire un café. Nous voilà donc attablés sur une grande table commune en bois que nous partagions avec des gens du cru. On apporta un café à mes parents et des diabolos quelque chose à nous les enfants. Les villageois attablés côté de nous reçurent un pain campagnard et un plateau de fromages plus qu'odorants. Ils ont sorti de leur poche des couteaux pliants en bois à la lame dont la couleur reflétait quelques uns des usages précédents et ont commencé à couper le pain d'une manière bizarre, à couper et à piquer avec le même couteau les morceaux de fromage pour les porter à la bouche. Les couteaux après utilisation furent essuyés des deux côtés sur l'angle du bord de la table, repliés et remis en poche. Mes parents nous expliquèrent que ces gens, après tout, étaient chez eux et qu'ils agissaient selon de vieilles coutumes villageoises.
 
Or voici que j'ai récemment eu le même sentiment d'étrangeté, en accompagnant une famille de mes amis en deuil, dans une synagogue de la banlieue parisienne. Loin d'être des Juifs de Kippour, nous sommes habitués aux offices religieux pour les fêtes, les Bar Mitzva et les cérémonies de mariage. Les discours peuvent être adaptés et traduire un échange entre l'officiant et la famille qui célèbre un événement familial ou être en total décalage. Et après tout ce n'est pas si grave. Mais ce qu'il m'a été donné de voir pour le deuil de cette famille était réellement affligeant. Dans ce cas, le discours ne peut pas être une série de banalités stéréotypées "censées consoler" les Avelim, sans même avoir échangé avec eux un mot pour mesurer le degré de religiosité et saisir leur manière d'appréhender la mort, afin que le discours qui leur est destiné tienne compte de ces éléments pour être de vraies paroles de consolation.
 
Quand je vais participer à un des trois offices quotidiens, je m'adapte au rituel et aux coutumes du lieu. Entièrement d'accord pour cela ! Mais lorsqu'il s'agit de consoler une famille en deuil, qui doit s'adapter à qui ?
 
Faire former les officiants et les chamachim en charge de recevoir des familles en quête de réconfort, voilà aussi une mission plus que nécessaire pour le futur Grand Rabbin de France
 
Emmanuel Rosenberg