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Joël Mergui : "je veux amener les Juifs de France à un Judaïsme ultra-orthodoxe"

Général

L'équipe d'Avenir du Judaïsme s'est toujours refusée à des attaques ad nominem contre des personnalités. En revanche, nous considérons que le débat idéologique au sens noble du terme fait progresser la Communauté, que le droit à la critique est un élément sain de la vie démocratique d'un corps social et enfin que l'hyper glorification fondée sur une distorsion des faits expose les personnes qui s'y prêtent à voir remettre en cause leur crédibilité.

A plusieurs reprises, Joël Mergui, qui cumule les mandats de Président des Consistoires Central de France et de Paris Ile-de-France a déclaré que sa référence spirituelle était le Rav Yossef Shalom Eliashiv, leader spirituel des Lituaniens de Bnei Brak. Avec David Amar, vice-président du Consistoire de Paris et trésorier du Consistoire Central de France, il s'est placé au coeur d'un reportage du quotidien israélien Yated Neeman, journal des Lituaniens de Bnei Brak, fondé notamment par le Rav Shach (Zatz"l).

Qui sont les Lituaniens de Bnei Brak et comment se retrouve-t-on dans cet étrange journal ?

Les Lituaniens (que les Israéliens désignent par leur nom yiddish de "Litwak") de Bnei Brak sont les descendants des Mitnagdim ("opposants" historiques aux Hassidim). Ils n'ont certes rien à voir avec les Néturei Karta ou les Satmar, antisionistes qui n'hésitent pas à participer à des meetings réclamant la disparition d'Israël aux côtés d'Ahmadinejad. Non, ils se contentent d'un a-sionisme très méfiant à l'égard de ce que représentent les symboles de l'Etat d'Israël.

C'est le monde des Harédim (que l'on peut traduire en français par ultra-orthodoxes), un monde à part qui fait de temps en temps surface dans certaines polémiques israéliennes qui ne sont pas sans conséquences pour nous, Juifs de France, communauté particulièrement engagée dans la solidarité avec Israël. Il y a notamment eu cette fameuse affaire de l'école d'Immanuel que par simplification excessive on a présentée comme une affaire de discrimination entre Ashkénazes et Séfarades, alors qu'il y avait de part et d'autre des Ashkénazes et des Séfarades. La discrimination n'en était pas moins un facteur essentiel qui en dit long sur ces Lituaniens particulièrement sectaires. Les fillettes de l'école d'Immanuel ont été rejetées parce que leurs familles ne présentaient pas aux yeux des "Litwak" suffisamment de "lettres de noblesse" en Harédisme : peut-être étaient-elles en proche famille avec des individus peu recommandables qui poussaient le vice jusqu'à posséder une télévision, se rendaient sur Internet ou pire, disposaient d'un téléphone portable susceptible de recevoir des SMS. Les Litwak ont tôt fait de rejeter tous ceux qui s'opposaient à une telle discrimination ! On les retrouve dans des manifestations pour défendre ce statu quo sectaire. Autre affaire, les conversions dans Tsahal. De jeunes soldats ou soldates qui durant leur service dans Tsahal se convertissent au Judaïsme, sous la houlette des aumôniers militaires des Forces de Défense d'Israël. Tous ceux qui soutiennent le droit légitime de ces soldats qui risquent leur vie pour défendre Israël à se convertir dans le cadre de Tsahal ont déclenché les foudres des Lituaniens. Parmi leurs cibles, il y a bien sûr tous les Rabbins du courant du Rav Kook (sionistes religieux, Yechiva Merkaz Harav si durement touchée par un attentat en 2008), mais aussi le Grand Rabbinat d'Israël et le Rav Ovadia Yossef, décisionnaire emblématique du monde sépharade de la Torah, que tous désignent par le titre de "Maran", "notre maître par excellence".

Ce courant est-il représenté en France ?

Bien évidemment ! La Yechiva Yad Mordehaï du Rav Itshak Katz (rue Pavée à Paris) dit représenter le courant lituanien en France. Ce courant dispose de son propre système de Kachrout et ses disciples ne mangent pas les produits Kacher Beth Din de Paris, comme les Lituaniens de Bnei Brak ne consomment pas les produits placés sous la surveillance du Grand Rabbinat d'Israël et des villes d'Israël.

Yated Neeman pouvait-il représenter objectivement le Consistoire de Paris ?

Pas du tout ! Pour rendre le Consistoire de Paris présentable aux yeux des Harédim de Bnei Brak, il a fallu, par exemple, dissimuler le rôle des femmes et que Joël Mergui et David Amar inventent une autre histoire, en travestissant la vérité de leur organisation. Ceci, pour être en conformité avec un journal qui, le 3 avril 2009, présenta la photo officielle du nouveau gouvernement israélien à ses lecteurs, mais en a gommé les femmes ! Avec Yated Neeman, exit mesdames les Ministres Limor Livnat et Sofa Landver !


(En haut) La photo officielle du gouvernement israélien et (en bas) celle présentée dans Yated Neeman en avril 2009

A quelle manipulation se sont livrés "Reb Joël Mergui et Reb David Amar", comme les appelle Benjamin Rabinovitch, le correspondant du Yated Neeman ?

Ils ont tout fait pour maquiller cette structure napoléonienne - que les Harédim détestent - en l'érigeant faussement en parfait avatar d'une communauté harédite : "A la tête de cette organisation qui rassemble la grande majorité des communautés juives et des synagogues du territoire français, sont aujourd'hui Reb Joël Mergui et Reb David Amar, autour desquels gravitent les membres du conseil d'administration." Y a-t-il ici l'intention de faire passer le Président et le Trésorier du Central pour des rabbins ou s'agit-il benoîtement d'une appellation folklorique qui méconnaît le fonctionnement du Consistoire, dirigé par des laïcs ?

Yated Neeman nous explique : "Nous ne lasserons pas les lecteurs avec l'histoire de cette organisation [le Consistoire] au fil des ans, mais il nous suffira de nous attacher à l'instauration du premier Kollel d'étudiants du Consistoire, progrès qui n'a pas été fait durant 200 ans, afin de comprendre la grande révolution qui traverse l'organisation quand elle a élu Reb Joël Mergui et Reb David Amar à sa tête. Ces deux personnalités, orthodoxes avérés, arborent kipa noire sur leurs têtes et franges de tsitsit par-dessus leurs pantalons."

Mais à quel titre David Amar installe-t-il un Kollel dans le 16ème arrondissement de Paris, ce qui en soi est un acte très positif que nous saluons ici ?

Précisons-le puisque le cumul des mandats des deux hommes au Central et à Paris (sujet que nous aborderons dans un prochain article) peut ici engendrer une véritable confusion : c'est, à l'évidence et tout naturellement, dans le cadre de ses fonctions laïques de président d'une Communauté et de vice-président du Consistoire de Paris, titre qu'il partage avec neuf autres collègues, dont deux femmes, qu'il a contribué à la création de ce Kollel. Contrairement à ce qu'affirme Yated Neeman, David Amar n'a donc pas été plus élu à son poste que ces deux êtres "escamotables" qui disparaissent honteusement des photos officielles ! Mais sans doute aura-t-il omis, avec Joël Mergui, de poser au Rav Eliashiv la question de la présence des femmes à la tête du Consistoire ? Verra-t-on leur prochaine visite entraîner la destitution des femmes élues aux Consistoires de Paris et de France? A suivre.

Si "la révolution française" dont parle Yated Neeman est l'installation d'un Kollel dans une synagogue consistoriale, rappelons que c'est là le fait du Consistoire que nous connaissons tous, dirigé par des "laïcs", hommes et femmes. On peut seulement s'étonner que David Amar dont l'article vante "l'humilité face aux Rabbins" s'en attribue le mérite, au lieu et place de la véritable autorité religieuse, le Grand Rabbin de Paris.

"Le Judaïsme harédi en Eretz Israël aide beaucoup les juifs de France et moi, je veux vraiment amener les Communautés juives de France dans cette direction"
Joël Mergui "Yated Neeman" mai 2011

Mais si cette "révolution" consiste à appliquer les objectifs énoncés dans le texte par le Président du Consistoire : "Le Judaïsme harédi en Eretz Israël aide beaucoup les juifs de France et moi, je veux vraiment amener les Communautés juives de France dans cette direction", c'est-à-dire à faire du Consistoire une sorte de Bnei Brak sur Seine, de " rue Pavée " bis, il y a là un véritable danger pour le Judaïsme français.

Au moment de leur élection au Consistoire de Paris, Joël Mergui et le groupe AJC ont-ils annoncé dans leur programme la disparition du Consistoire historique, celui qui met à disposition des lieux de culte, ouverts à tous, pratiquants et non pratiquants, orthodoxes et traditionalistes, au profit du modèle des Lituaniens de Bnei Brak ?

Les Juifs de France ont dans leur grande majorité un immense attachement à l'égard d'Israël. Ils savent que ce ne sont pas les "Litwak" de Bnei Brak, mais le Rav Shlomo Goren (Zatz"l), Grand Rabbin de Tsahal qui sonna du Shofar au Kotel Hamaravi en juin 1967, aux côtés de Moshé Dayan, Itshak Rabin et Uzi Narkiss, pour célébrer la libération de Jérusalem.
Ce même Rav Goren lutta ensuite comme Grand Rabbin d'Israël pour qu'on intègre les Juifs d'Ethiopie, sans les humilier, s'opposant ainsi aux Harédim racistes et sectaires.

On ne peut pas, à l'instar du président du Consistoire, prendre la parole pour glorifier Tsahal dans les meetings de l'ABSI-Keren Or et dans le même temps s'identifier à un courant qui tente de briser l'autorité des aumôniers militaires, disciples du Rav Goren.

N'y a-t-il pas, au sein du Judaïsme français, des références spirituelles et halakhiques ?

Comme le rappelait le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, dans son allocution à l'Assemblée Générale du Consistoire de France, ce dimanche 29 mai, le Judaïsme français possède une autorité halakhique universellement reconnue en la personne du Grand Rabbin Michel Gugenheim, directeur de l'Ecole rabbinique et Dayan du Beth Din de Paris. Lorsque le Grand Rabbin de France a fait mention de cette autorité, il fut longuement et unanimement applaudi par les membres de l'Assemblée Générale.

Comment des dirigeants du Consistoire osent-ils parler de Kachrout dans un article aussi détaillé, sans jamais faire référence, ni au Av Beth Din de Paris, Yermiahu Kohen, ni au Dayan de ce même Beth Din, Michel Gugenheim ? Verra-t-on un jour, à Dieu ne plaise, à l'instar de Grands Rabbins qui ne sont plus aujourd'hui aux commandes du Judaïsme français, un président du Consistoire qui, pour plaire aux ultra-orthodoxes, ne consommera plus les produits sous la surveillance du Beth Din de l'organisation qu'il préside ?

Alors qui est le vrai Joël Mergui ? Le président de la Communauté de Montrouge, fondateur de l'école consistoriale sioniste Yaguel Yaacov ou celui qui se déguise en Reb Mergui de Bnei Brak ?

Et les autres élus et élues du Consistoire ?

Qu'en pensent-ils ? Vont-ils réagir ? N'y aura-t-il pas parmi eux et parmi elles, avant qu'elles ne disparaissent définitivement des photos, des défenseur(e)s de ce Judaïsme français du juste milieu fidèle aux valeurs de Maïmonide, ce judaïsme qui a produit des maîtres à penser, tels Manitou (Zal) et Paul Roitman (Zal) ? N'y a-t-il personne pour s'opposer à cette tentation d'un Consistoire harédisé qui n'aurait que mépris pour l'écrasante majorité des quelque 600 000 Juifs de France pas prêts à subir cette mutation génétique ?

Pourquoi Joël Mergui et David Amar ne se réfèrent-ils pas au judaïsme de leurs pères, par exemple à celui de Meknes qui a donné à Jérusalem l'un de ses Grands Rabbins, le Rav Chalom Messas (Zatz"l), Possek Halakha, qui résista à la pression des harédim et s'illustra par son ouverture et sa tolérance.

Que les partisans d'une harédisation du Consistoire ne se trompent pas : les Juifs de France, dans leurs prières, continueront de se tourner vers Jérusalem et non vers Bnei Brak.

Texte collectif
coordination : Charles Tenenbaum, président d'ADJ

 

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