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Réflexion sur l’éthique

Réflexion

A la veille de Pessah, réflexion sur l’éthique. 

C'est dans le Lévitique (19, 36) que Dieu intime au peuple juif une règle éthique devenue universelle: "Ayez des balances exactes, des poids exacts, une épha exacte, un men exact...".  La motivation immédiate de ce commandement dans le verset est cependant étonnante. Il est justifié par : «Je suis l'Éternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d'Egypte». On peut en effet s'étonner du rapport entre la Mitzva énoncée et le motif formulé.

Rashi répond à cette question par une explication très subtile. Dieu signifie en substance: «Moi qui ai su discerner en Egypte -i.e : lors de la dernière plaie, celle des premiers nés- entre les semences, celle d'un ainé et celle qui ne l'était pas, Je saurai exiger des comptes de celui qui trempe ses poids dans le sel -i.e : pour les alourdir afin de tromper les gens qui n'y connaissent rien».

Rashi révèle ici la clé de l'éthique dans la vision de la Torah. L'éthique commence là où la loi atteint ses limites, c'est à dire, dans l'intimité la plus retirée.

Les Egyptiens ne se référaient pas, dans leur pratique courante, à un code de conduite matrimonial ordonné. Identifier l'aîné naturel d'un père n'était pas chose possible dans une telle société. Seule la mère pouvait être assurée de l'identité de son aîné. Pourtant, lors de cette plaie des «premiers nés», ceux qui tombent sont bien les vrais aînés,  ceux qui le sont par leur père biologique.

Dieu annonce donc qu'à un moment de l'Histoire, de toute histoire, Il interviendra directement pour que la vérité soit rétablie là où, dans l'intimité la plus discrète qui soit, elle a été bafouée. Il nous explique que c'est là l'un des messages fondateurs de la sortie d'Egypte.

Les faits qui sont cités ci-après ne sont à prendre que pour ce qu’ils sont et ne peuvent à eux seuls jeter le discrédit sur toute une profession. Nous les mentionnons comme un appel collectif à la vigilance.

Ces dernières semaines, la presse nationale a révélé l'ouverture d'une enquête et des mises en garde à vue, concernant une chaîne de restaurants casher accusée d'employer des étrangers en situation irrégulière. Notre souhait est que les dirigeants de cette entreprise parviennent rapidement à prouver leur innocence et à reprendre le cours normal de leurs affaires. Cependant, la médiatisation de ce type d'évènements interpelle notre conscience là où elle s'est parfois quelque peu endormie.

Peut-on imaginer qu'une entreprise qui vit de la certification casher sur le plan alimentaire, ne soit pas casher sur le plan économique et administratif ? Non, certainement pas. Tout comme il serait inadmissible qu'une telle entreprise ne respecte pas les règles et les normes les plus élémentaires  de l'hygiène. De telles choses existent pourtant.

A partir d'une telle constatation, il convient de se demander si le rabbinat qui certifie la cacherout d'une telle entreprise, doit intégrer à sa responsabilité éthique et morale, c'est à dire, à la Mitzva dont il se porte garant pour l'ensemble de la collectivité, l'ensemble de critères qui déterminent l'éthique d'un commerçant, fût-il restaurant casher ou boucher ?

La réponse que nous lisons dans le Rashi évoqué est sans aucun doute : oui.

L'éthique d'une personne  physique ou morale, ne peut être qu'une. En liant la sortie d'Egypte à l'éthique maritale et à l'éthique économique comme un seul bloc, la Torah nous signifie que la confiance qu'on peut accorder à son vis-à-vis dans les affaires religieuses ne peut souffrir de schizophrénie par rapport à la confiance qu'on peut lui accorder dans les affaires de société. 

Il en va de même dans le cas d'une institution communautaire. On ne peut concevoir qu'une institution soit responsable de la cacherout, de ce que mange la communauté, mais que son fonctionnement interne et sa gestion ne respectent pas rigoureusement les règles éthiques les plus fondamentales. Inconcevable, certes, mais hélas tout à fait réel !

La sortie d'Egypte nous enseigne que la corruption purement financière commence par la corruption des comportements, là où personne ne voit. Ou tout au moins, là où l'on pense que personne ne voit. Peut-on par exemple imaginer qu'un grand fournisseur distribue, à une échelle nationale, de la viande non casher comme étant casher, et qu'après qu'il eut été démasqué, l'institution qui le garantit continue de travailler avec lui en se dédouanant -après un énorme cafouillage- par une sanction symbolique ? Non, certainement pas.

Pourtant, de telles choses n'arrivent pas seulement chez le voisin mais bien chez nous. Et si de plus, au sein même de l'institution concernée, plusieurs personnes étaient informées de cette tromperie bien avant que le scandale n'éclate, et qu'elles n'aient finalement agi que sous la pression de la publication du scandale, une véritable sanction des hauts responsables allant pour certains jusqu’à la démission –administrateurs-  ou le licenciement -rabbins- ne devrait-elle pas être exigée ?

La communauté en jugera par elle-même. Dieu, quant à Lui, semble nous indiquer, que la vérité des choses sera tôt ou tard révélée et la justice des institutions rétablie. C'est donc un message d'espoir qui l'emporte.

Pessa'h casher Vésaméa'h.